Guide · mis à jour le 9 octobre 2026 · 4 min de lecture

Voitures radars privées : qui les conduit, et où ?

Depuis avril 2018, l'État confie à des sociétés privées la conduite de ses voitures radars. Elles roulent aujourd'hui dans 86 départements, tous sauf ceux d'Île-de-France et de Corse. Voici qui les conduit, selon quelles règles, et ce que montrent les chiffres.

Une décision de 2015

Le comité interministériel de la sécurité routière du 2 octobre 2015 a décidé de confier la conduite des voitures radars à des prestataires, « sous étroit contrôle de l'État ». L'objectif était double : libérer des policiers et des gendarmes pour les contrôles avec interception, et faire rouler les voitures radars beaucoup plus longtemps. Elles servaient alors environ une heure et demie par jour.

Seule la conduite est confiée au privé. Le radar, la voiture et le choix des parcours restent à l'État. En juillet 2019, le Conseil d'État a jugé que ce système ne délègue aucune mission de police.

De la Normandie à 86 départements

  • 23 avril 2018 : premières verbalisations en Normandie, avec cinq Peugeot 308, puis 26 voitures dans la région.
  • 2019 à 2021 : Bretagne, Pays de la Loire et Centre-Val de Loire (marché attribué en novembre 2019).
  • 2021 et 2022 : Bourgogne-Franche-Comté, Grand Est, Hauts-de-France et Nouvelle-Aquitaine (marché attribué en octobre 2020). Fin 2022, l'ONISR compte 55 départements.
  • 2025 : Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie et Provence-Alpes-Côte d'Azur. Selon la préfecture de l'Allier, citée par France 3, les premières voitures y ont roulé le 2 mai 2025 ; les autres départements ont suivi jusqu'à la fin de l'année.
  • Toujours exclues : l'Île-de-France et la Corse, où les voitures radars restent conduites par des policiers ou des gendarmes.

Les fichiers de mesures publiés par l'État suivent ce calendrier : 39 départements comptent plus de 5 000 mesures en 2021, 55 en 2023 et 55 en 2024. Les régions du Sud n'y figurent pas encore, puisque le fichier de 2025 n'est pas publié.

Qui les conduit aujourd'hui

Depuis le renouvellement des marchés en 2024, deux sociétés se partagent la France, découpée en trois zones :

ZoneRégionsTitulaire
OuestBretagne, Pays de la Loire, Centre-Val de Loire, Nouvelle-AquitaineChallancin Accueil et Services (marque Mobiom), attribué en juin 2024
NordNormandie, Hauts-de-France, Grand Est, Bourgogne-Franche-ComtéChallancin Accueil et Services (marque Mobiom), attribué en décembre 2024
SudAuvergne-Rhône-Alpes, Occitanie, Provence-Alpes-Côte d'AzurOTC (groupe Oviance), attribué en octobre 2024

Mobiom, souvent cité, est le nom commercial de Challancin Accueil et Services, comme l'indiquent les mentions légales de mobiom.fr. Avant 2024, d'autres sociétés tenaient certaines régions : OTI France (Pays de la Loire, Bourgogne-Franche-Comté), GEOS (Centre-Val de Loire), GSR (Nouvelle-Aquitaine) et un groupement Securitas et Ineo Infracom (Hauts-de-France).

Les règles imposées aux sociétés

  • Pas de prime aux flashs : la société n'est en aucune manière rémunérée en fonction du nombre de flashs, et ni le chauffeur ni son encadrement n'en sont informés.
  • Des kilomètres fixés par l'État : chaque jour, un nombre précis d'itinéraires et de kilomètres. Moins de kilomètres, c'est moins de paiement ; plus de kilomètres, aucun supplément.
  • Des parcours décidés par les préfets, selon l'accidentalité locale. La société ne règle pas le radar.
  • Une pénalité de 1 000 € par jour et par voiture si le véhicule ne roule pas à une vitesse adaptée ou quitte son parcours. Rouler anormalement lentement pour provoquer des dépassements est interdit.
  • Un chauffeur seul à bord, qui souffle dans un éthylotest antidémarrage et qu'un coordinateur suit en temps réel par géolocalisation.

Les voitures restent la propriété de l'État. Le ministère refuse de les signaler : en 2022, il recensait une cinquantaine d'incivilités par mois contre les chauffeurs, dont un cinquième d'actes dangereux.

2024 : des mois sans contrôle dans l'Ouest

Selon l'ONISR, les contrôles ont été suspendus de un à huit mois, à partir d'avril 2024, en Bretagne, dans les Pays de la Loire, en Centre-Val de Loire et en Nouvelle-Aquitaine, le temps de renouveler le marché de conduite. Les fichiers de l'État le montrent nettement :

DépartementJours en 2023Jours en 2024
Loire-Atlantique347122
Loiret346130
Indre341127
Indre-et-Loire334123
Maine-et-Loire339132
Loir-et-Cher337134

Jours avec au moins une vitesse mesurée par une voiture radar à conduite privée, d'après les fichiers 2023 et 2024 de l'État.

Ce qu'elles relèvent

En 2024, les voitures radars ont produit 931 308 avis de contravention, dont plus de 730 000 pour celles conduites par des sociétés privées, soit environ 79 %. Fin 2024, l'ONISR comptait 110 voitures radars sur les routes : 60 conduites par le privé et 50 par les forces de l'ordre. Plus de 25 000 avis ont été émis par les voitures privées dans chacun de ces départements : Aisne, Charente-Maritime, Eure, Gironde, Oise, Seine-Maritime et Somme.

En 2021, le ministère indiquait que seuls 10 % des véhicules contrôlés étaient en infraction. Les mesures publiées donnent un ordre de grandeur voisin : en 2024, 10,5 % des véhicules mesurés roulaient à plus de 10 km/h au-dessus de la limite.

Pour voir où elles ont roulé près de chez vous, ouvrez la carte de votre département. Et pour postuler, lisez devenir chauffeur de voiture radar.

Sources

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